

Sociabilisation
Elever des chiots berger d'Anatolie ne consiste pas seulement à les nourrir, à nettoyer leur enclos et à veiller à leur santé physiologique. Ces tâches sont certes indispensables mais sont loin de suffire, quand on s'attache à produire des chiens psychologiquement équilibrés et aptes à s'intégrer parfaitement, le moment voulu, dans leur famille d'adoption.
Dans leur pays d'origine, les petits Bergers d'Anatolie se
sociabilisent naturellement, si on peut dire, au contact des personnes et
des animaux de leur environnement familier. Dans nos contrées, l'éleveur
sérieux veillera à cette nécessaire imprégnation.
Tout d'abord avec sa propre espèce : laisser la mère avec ses
petits, même après le sevrage, est le meilleur des moyens : elle
les éduque, leur inculque les codes de l'espèce. L'éleveur
doit en outre passer suffisamment de temps avec ses chiots : un chiot privé
dans son jeune âge de contacts et d'interactions agréables avec
l'homme se révélerait incapable ensuite d'établir naturellement
des relations de confiance avec un être humain. Le propriétaire
se verrait même contraint d'apprivoiser le chien comme s'il s'agissait
d'un animal sauvage.
Avant 3 semaines, on peut utiliser le sens de l'odorat du chiot, le seul qui
soit alors déjà développé, pour l'habituer à
notre odeur. On continue cet apprentissage par la suite en accoutumant les
petits aux caresses fréquentes, aux voix. Il convient évidemment
de les manipuler avec douceur. Rapidement, ils viennent à notre appel
et reconnaissent la personne qui s'occupe d'eux le plus souvent. Toute la
famille de l'éleveur participera toutefois à cette sociabilisation
: la présence d'enfants est un plus, nos bambins se montrant en général
fort enthousiastes pour jouer avec la portée; entre enfants et chiots,
la communication passe particulièrement bien.
Le jeu est d'ailleurs indispensable au développement psycho-moteur
du chiot, l'imprégnation à l'homme, comme tous
les apprentissages fondamentaux, étant grandement facilitée
par le jeu. Mais c'est l'occasion aussi d'inculquer en douceur d'autres notions
importantes, comme le rappel ou la soumission, voire même de donner
une sorte de pré-éducation. En se mettant accroupi ou à
genoux et en tapant les mains au sol, on imite la position d'appel au jeu
: on est sûr alors d'avoir toute l'attention des petits, qu'on les encourage
à aller chercher des objets, ou à nous poursuivre. Les gratouillis
sur le ventre sont l'occasion de mettre doucement le chiot
en soumission, dos au sol. L'arrêt du jeu et le retour au calme peuvent
déjà être commandés par l'éléveur,
afin d'inculquer au chiot, comme le fait aussi sa mère, une nécessaire
maîtrise de soi.
Les chiots mordillent les doigts, ce qui est tout-à-fait normal car
jusqu'à environ 6 mois le chien a un comportement exploratoire essentiellement
oral. Mais il doit acquérir là aussi le contrôle de sa
mâchoire en évitant de faire mal; à l'instar de la mère,
l'éleveur peut y aider. Il est possible également d'habituer
les petits à ce qu'on leur retire un objet de la gueule, ou à
ne pas sauter pour dire bonjour. On évitera seulement les jeux de tiraillements,
lorsqu'on tire avec un chiffon d'un côté, et le chiot de l'autre.
Ceci est très indiqué pour un Malinois de Ring, mais pas pour
un Berger d'Anatolie : il ne convient pas d'encourager le
chiot à avoir raison de nous.
Bien que ce soit assez rare, il peut arriver chez le Berger d'Anatolie
qu'on ait affaire, au sein d'une portée, à une forte tête
: ce chiot, à partir de 4 ou 6 semaines, refuse catégoriquement
d'être manipulé et d'être positionné en soumission,
grognant voire essayant de mordre si on veut l'y contraindre. Il convient
de faire preuve de psychologie et de patience. Cris ou corrections sont inutiles
à cet âge. On saisit le chiot par la peau de cou et on le soulève
: dans le code social canin, c'est une grosse punition. Lorsque le retour
au calme est obtenu, on le félicite chaudement et on le remet en position
de soumission, d'abord quelques secondes, puis plus longtemps au bout de quelques
séances. Lorsque le mauvais comportement a disparu, que ce soit vis-à-vis
de l'éleveur comme des enfants de la maison, le chiot a bien compris
qu'il ne doit pas agir avec les humains comme avec ses frères et sœurs
de portées.
Lorsque les chiots sont vraiment très petits, on demandera
aux visiteurs de l'élevage de ne pas les toucher, par précaution
sanitaire. Mais par la suite, on encouragera les personnes à les caresser
: voir du monde est excellent pour eux. C'est à peu près la
même chose avec les autres chiens de l'élevage ; la mère
doit d'abord élever sa portée tranquillement, à l'écart
de ses congénères. Puis vers 5 ou 6 semaines, des contacts olfactifs
et visuels de part d'autre d'un enclos, entre les chiots et les adultes, sont
tout à fait utiles; puis vient le temps des contacts directs. Quant
aux chiens adultes, ceux-ci se montreront par nature tolérants avec
les petits : il s'agit d'un code fondamental chez les canidés. Ils
les mettront en soumission, les bousculeront un peu pour jouer avec eux, mais
ne les agresseront pas : si c'était le cas, cela révélerait
un problème au niveau de leur propre équilibre mental.
Chez l'éleveur, les chiots s'habitueront aussi aux
bruits familiers de la maison, puis une fois dehors dans leur enclos, aux
bruits extérieurs. C'est certes utile, mais il ne faut pas non plus
tomber dans l'excès sur cette question : une fois chez son acquéreur,
le chien recevra d'autres stimuli et s'y accoutumera. Prétendre, comme
certains "comportementalistes" en mal de clientèle, que si
le chiot n'a pas vu et entendu chez l'éleveur voitures, camions, bus
et tracteurs, il en aura peur toute sa vie, revient à nier toute capacité
d'apprentissage du chien après 2 mois !
Sophie. Licari






