
Cohabitation avec d'autres chiens
Parfois, notre Berger d'Anatolie n'est pas le seul de nos compagnons canins. Qu'il partage notre affection avec d'autres représentants de sa race ou avec d'autres chiens, la cohabitation est tout à fait possible, sous réserve d'une certaine connaissance de la psychologie canine en général et de celle de l'Anatolien en particulier.
La meute
Tout d'abord, quelques principes de base, valables pour toute l'espèce
canine. Le chien, à l'instar de certains canidés sauvages, est
un animal foncièrement grégaire. Plusieurs individus forment
une meute, qui est une véritable société, avec ses codes
et ses lois, ses droits et ses devoirs. L'individu compte peu; seul importe
la survie du groupe. Le principe fondamental de la meute est la hiérarchie
; c'est une sorte de structure pyramidale. Chaque chien possède un
statut social en interdépendance avec celui des autres : au sommet
domine le chef de meute; le numéro 2 domine le n°3, qui domine
à son tour le n°4, etc., jusqu'au bas de la pyramide. Le dernier
n'a donc que des supérieurs, le chef n'en a aucun, hormis évidemment
le maître. Si deux chiens de même sexe revendiquent le même
statut, il y a conflit. Entre mâles et femelles, il n'existe pas réellement
de conflit hiérarchique; on peut dire que deux hiérarchies parallèles
coexistent, une pour les mâles, une pour les femelles. Mais à
de très rares exceptions près, le chef de meute est toujours
le mâle dominant, non la femelle dominante. Pour exprimer ou imposer
leur statut face à leurs compagnons, les chiens possèdent un
code extrêmement riche composé de postures du corps, d'expressions
de la face, de modulations vocales, d'émissions d'odeurs et de phéromones.
Quelles sont les implications quotidiennes de ces postulats ? Tout d'abord,
le maître doit impérativement se positionner comme le chef suprême,
au-dessus du mâle dominant. Pas besoin pour cela d'être un impressionnant
malabar : être sûr de soi, imposer depuis que les chiens sont
tout jeunes quelques règles de vie simples mais hautement signifiantes
pour eux, suffisent amplement. On peut citer quelques exemples, qui figurent
dans tous les conseils que l'éleveur consciencieux délivre à
ses clients : interdire au chien de se placer sur les lieux de repos des maîtres
(canapés, lits, chambres) ou de déranger leurs repas, pouvoir
reprendre la gamelle ou tout objet qu'il a en gueule, les encourager à
se positionner en soumission, etc. Il importe d'autre part de ne pas accorder
à ses chiens le même statut, sous peine de déstabiliser
gravement la hiérarchie. Même deux sujets forment déjà
une meute; celui qu'on a repéré comme le dominant doit posséder
des privilèges par rapport à l'autre. Cela n'empêche pas
de les aimer tous deux; cela leur permet simplement de vivre ensemble.
Particularités anatoliennes
Les principes généraux peuvent ensuite être affinés
pour chaque race. Chez certains autres protecteurs de troupeaux, au caractère
particulièrement fort, il est très difficile de faire cohabiter
plusieurs chiens de même sexe, surtout mâles, car chacun voudra
s'imposer à la tête de la hiérarchie. Ce n'est pas le
cas du Berger d'Anatolie, qui dans son pays d'origine travaille
couramment en petits groupes. Dans ce contexte la solidarité de la
meute, face aux dangers potentiels inhérents à la fonction,
joue à plein; au village, lorsque les chiens sont oisifs, les mâles
sont par contre attachés. Chez nous il paraît donc possible,
dans le cadre de la protection du troupeau, de faire travailler deux mâles
ensemble, pour le moins, et assurément plusieurs femelles.
Mais qu'en est-il dans un contexte familial ? On remarque que nos Bergers
d'Anatolie, contrairement par exemple aux chiens de traîneaux
qui remettent souvent en question la distribution des rôles dans la
hiérarchie, aiment la stabilité. Si le statut de chacun est
clair, ils ne seront guère portés aux affrontements ni aux provocations,
et la meute sera paisible. Par contre, si les chiens de traîneaux s'affrontent
dans des combats généralement très ritualisés,
l'existence d'un conflit hiérarchique chez le Berger d'Anatolie
peut se solder par un affrontement beaucoup plus sérieux. Comme tout
molosse, il a une prise très puissante, qu'il ne lâche que difficilement.
Alors comment composer une meute harmonieuse ? Tout d'abord par le choix des
chiens. Un couple, quelque soit la race ou le mélange de races, est
par définition la combinaison la plus exempte de souci; au-delà
de quelques chamailleries naturelles, l'existence d'un réel conflit
hiérarchique entre un mâle et une femelle est une anomalie sociale
dont le maître est sans doute la cause. Deux mâles Anatoliens
peuvent être compatibles; mais pour mettre toutes les chances de son
côté, on choisira deux individus, dans la gamme de caractères
rencontrée dans notre race, plutôt peu dominants; on les prendra
tout jeunes, afin que la cohabitation soit précoce. L'arrivée
d'un chiot mâle chez un jeune adulte mâle, encore bien enclin
au jeu, reste cependant possible. S'il s'agit de faire cohabiter un Anatolien
avec un mâle d'autre race, cela dépendra surtout de cet autre
chien. Si comme on l'a vu, le Berger d'Anatolie est peu porté
à l'affrontement, en général il a le tempérament
pour être le patron des deux chiens. Avec un mâle d'une race réputée
très dominante, mieux vaut s'abstenir de ce choix; avec un chien souple
et joueur, peu de problèmes sont à craindre. Au particulier
on déconseillera de faire cohabiter deux mâles, qu'ils soient
tous deux Anatoliens ou non, s'il y a aussi une femelle, surtout non stérilisée.
Et que se passe-t-il entre chiennes ? Plusieurs Anatoliennes, ou une Anatolienne
avec d'autres femelles, vivront généralement sans heurt. Mais
attention toutefois, même entre femelles, à certaines races très
dominantes. C'est la malheureuse expérience qu'a fait une de nos adhérentes
: malgré tous ses efforts, et malgré que ses deux chiennes se
soient connues toutes jeunes, sa Bergère des Pyrénées
n'a jamais voulu se soumettre à sa Bergère d'Anatolie, la provoquant
sans cesse. Une fois la patience de l'Anatolienne épuisée, la
petite Pyrénéenne a été sérieusement blessée.
Notons aussi qu'en contexte d'élevage, les reproductrices peuvent se
retrouver en situation de rivalité (avoir des petits étant le
signe d'un statut social important); il peut alors se produire, si ce n'est
forcément des combats, quelques tensions; lorsqu'elles ne sont ni enceintes,
ni en chaleurs, ni allaitantes, la situation redevient paisible.
La responsabilité du maître
Comment doit agir le maître pour que ses chiens vivent en harmonie ?
Tout d'abord, comme on l'a vu, en respectant le fondement de la société
des chiens, qui est hiérarchique et non égalitaire. Le dominant
doit être privilégié, par exemple en recevant avant l'autre
la nourriture et les caresses ; le dominé n'en sera pas malheureux
: savoir où est sa place dans la hiérarchie est pour un chien
facteur de bien-être et de quiétude; c'est lorsque la hiérarchie
est floue qu'il se sent perturbé. Il faut particulièrement se
défier de la tendance qu'on aurait tous, lorsqu'un nouveau compagnon
vient rejoindre l'ancien, à focaliser notre attention sur le chiot
au détriment de l'adulte. Entre chiens de même sexe, il faut
d'autre part laisser la hiérarchie s'établir : à la puberté
de l'un deux, ou des deux s'ils ont le même âge, il est normal
qu'ils cherchent leur place; les séparer au moindre grognement ou à
la moindre empoignade revient à la longue à créer un
véritable conflit. Par contre, il ne faut jamais permettre à
nos chiens de s'affronter devant nous; la seule présence du maître
doit éteindre toute velléité agressive. Pour introduire
un nouveau chien sur le territoire, la toute première présentation
doit se faire à l'extérieur, en terrain neutre; on peut ensuite
introduire un chiot d'un autre sexe ou de même sexe sans rencontrer
de problèmes : un adulte équilibré n'agresse pas un bébé.
On peut éventuellement, en veillant soigneusement à la compatibilité
des caractères, introduire une femelle adulte chez une ou plusieurs
chiennes; mais on déconseille d'introduire un mâle adulte inconnu,
quelque soit la race, sur le territoire d'un mâle Anatolien. Ce serait
vraiment chercher la misère !
Nantis de ces quelques principes, vous voici prêts à vous entourer
de deux ou de plusieurs compagnons. Si c'est déjà votre cas,
n'hésitez pas à nous faire part de votre expérience.
Sophie. Licari






