

Un exemplaire équilibre mental
Outre son office sur troupeau, le Berger d'Anatolie est un chien de garde et de famille remarquablement équilibré, au tempérament franc et constant. Quand son maître est absent, aucun intrus ne peut pénétrer sur son territoire. Mais en famille c'est une crème de chien, calme, doux, patient avec les enfants et d'une sûreté absolue. Il est très affectueux; mais a en même temps suffisamment d'indépendance pour pouvoir rester seul durant la journée. Il a du caractère mais une éducation et une hiérarchisation correctes en feront un chien docile. Dans un village, une zone pavillonnaire, il vaut mieux l'entourer d'une clôture afin de lui donner la notion des limites du territoire à garder. Sur une vaste propriété en pleine campagne, il peut éventuellement être laissé en liberté, comme dans la montagne anatolienne : dans ce cas, il se constituera lui-même son territoire, sur lequel il va patrouiller. Avec les visiteurs que le maître accueille, il se montre distant si ce sont des inconnus, amical si ce sont des copains. Un des atouts du Berger d’Anatolie est qu’il demeure psychologiquement marqué par son utilisation ancestrale à la protection des troupeaux, à l’instar d’autres races proches. Cela n’en fait pas des gardiens tout-à-fait comme les autres, et il convient de bien comprendre ce qui les motive pour apprécier au mieux leurs services.
Territoire inviolable
La
garde est un atavisme chez le Berger d’Anatolie : il
défend son territoire et ce qui se trouve à l’intérieur,
humains et animaux, contre les intrus, les empêchant par des manœuvres
dissuasives d’y pénétrer. Cette notion est instinctive
chez bien d’autres chiens, mais l’utilisation millénaire
au troupeau l’a en quelque sorte polie et affinée, pour en faire
une expression très aboutie du comportement protecteur
canin. Ses prolongements dans la vie quotidienne sont multiples.
Au troupeau, le chien ne garde pas une portion déterminée de
montagne ou de plaine, mais les bêtes en mouvement. Sa technique est
de déterminer un périmètre de sécurité
autour d’eux, sur laquelle il patrouille consciencieusement et que le
prédateur ou l’intrus ne doit pas franchir. A cette fin, l’aboiement
est sa principale technique de dissuasion. C’est pourquoi nos chiens
aboient lorsqu’un étranger approche au contact du portail ou
de la clôture de nos terrains, qui représentent le périmètre
de sécurité qu’on a déterminé pour eux.
S’il s’éloigne, le chien se tait car il a rempli son rôle
; son retour au calme est instantané : ce n’est pas du tout le
genre à s’exciter inutilement. Dans sa façon d’aboyer,
dans son regard sur l’inconnu, sévère mais posé,
on sent d’ailleurs que l’Anatolien garde en permanence
le contrôle de ses émotions. C’est une des manifestations
de cet équilibre mental si apprécié. Le maître
doit évidemment garder la prérogative de faire entrer le visiteur
s’il le souhaite : cela fait partie de son statut de chef de meute.
Une fois l’étranger accepté par le maître, il sera
traité de manière un peu diverse selon les sujets : certains
sont amicaux, d’autres plus réservés ; c’est parfois
une question d’âge, pas forcément de sexe, mais il faut
avouer qu’un mâle situé en position de dominant d’un
harem de femelles se montrera moins prêt aux amabilités. Mais
quoi qu’il en soit, l’étranger a toujours intérêt
à bien se tenir car le chien le regarde : ce n’est pas devant
un Berger d’Anatolie qu’il faut inviter quelqu’un pour faire
une séance de karaté ! Quant à laisser rentrer une autre
personne que les maîtres en l’absence de ceux-ci, ce n’est
possible que si le chien a très bien connu l’individu dans son
jeune âge, et a eu suffisamment d’occasions de l’enregistrer
comme l’intime de la maison, belle-mère, ami ou femme de ménage,
à qui la permission de rentrer seul est accordée. Ensuite, ce
chien ayant une mémoire particulièrement active pour tout ce
qui tient à sa fonction, il n’est pas besoin qu’il revoit
souvent cette personne pour se souvenir de lui et lui conserver son amitié.
Le chien qui analyse
A l’extérieur, le chien sait parfaitement qu’il n’est plus chez lui : il se montre serein et pacifique avec bêtes et gens. Il n’est pas pour autant indifférent, observant son environnement : ayant une appréciation particulièrement aiguë des situations, il réagira avec la plus grande sévérité s’il sent son maître directement menacé ; le Berger d’Anatolie est typiquement le genre de chien avec lequel on peut se promener tout seul en n’importe quel endroit ! Mais les personnes amicales seront traitées par lui avec cordialité. Certaines races sont plus gardes du corps que gardiennes de domaine, ou l’inverse, mais le Berger d’Anatolie est ainsi les deux à la fois : il protège à la fois la propriété de ses maîtres, et à l’extérieur de celle-ci les maîtres eux-mêmes. La vigilance, l’observation, l’analyse des évènements, font en effet toujours partie des qualités du bon chien de protection de troupeau. Malgré son calme, il est toujours en situation de garde. L’appréciation du danger potentiel est faite selon des critères très fins. Par exemple, il ne lui viendrait pas à l’idée de mordre le doigt qu’une personne, enfant mais même adulte, passerait à travers son grillage : un tel acte ne présente pas en effet un danger suffisant pour qu’il passe à la morsure. Le Berger d’Anatolie n’a pas de toutes façons la morsure facile : celle-ci ne représente que la dernière des solutions qu’il envisagera dans une situation menaçante, après avoir épuisé sa panoplie de dissuasion. Mais si notre Anatolien est ce gardien efficient dépourvu d’agressivité inutile, n’oublions jamais qu’à l’instar des caractéristiques physiques, une sélection sérieuse doit présider au maintien des qualités comportementales.
En veilleur de nuit
Il sait encore faire bien des choses : par exemple, deux Anatoliens ne se reposent jamais en même temps : si l’un dort, l’autre veille. L’efficacité prime toujours : l’instinct de garde s’installe ainsi très précocement chez le jeune. Un Berger d’Anatolie sera enfin encore plus vigilant la nuit, propice aux attaques de prédateurs, que le jour : la nuit il dort peu, mais écoute de toutes ses oreilles, patrouillant jusqu’aux frontières du territoire ; s’il le juge nécessaire, il se manifeste en aboyant. C’est là où parfois le bât blesse, pour le propriétaire ou ses voisins, certains sujets se révélant la nuit moins discrets que d’autres. Les uns ne sont pas forcément meilleurs gardiens que les autres ; ils se manifestent seulement davantage. Cette tendance à des aboiements que l’on peut juger superflus est répartie de manière très inégale suivant les sujets ; au sein d’une même portée, certains chiens peuvent être nettement plus bavards que d’autres. Parfois, c’est transitoire et lié au jeune âge du chien. Il ne faut pas nier qu’un chien qui aboie beaucoup la nuit peut être franchement agaçant : parfois, il faut se résoudre à le rentrer dans la maison. Mais malgré ces quelques inconvénients parfois constatés, on ne doit jamais oublier que la vigilance accrue pendant la nuit est un précieux gage de la conservation de l’atavisme dans nos lignées.
La valeur n’attend pas le nombre des années
En application de ces quelques principes, le maître d’un Berger
d’Anatolie a peu de choses à faire pour laisser son
chien garder efficacement : si dans d’autres domaines, le chien a besoin
d’apprentissage, la garde est innée. Encore faut-il ne pas contrarier
son émergence : on évitera par exemple de contraindre un jeune
chien, sur son territoire, à se laisser caresser par les inconnus ;
on le laisse venir si cela lui plaît, mais on ne l’enferme pas
pour autant dès que quelqu’un vient. A l’extérieur
par contre, il doit accepter les caresses de toute personne qui se comporte
correctement de son point de vue de chien : il serait en effet légitime
qu’un Berger d’Anatolie se méfie d’une
personne parlant trop fort, faisant de grands gestes, ou tentant de le fixer
dans les yeux avec insistance : ces paramètres sont pour lui anormaux.
En ce qui concerne la rencontre d’autres chiens, le Berger d’Anatolie
ne doit pas jouer les provocateurs, mais son tempérament ne l’y
porte guère en général. Pour les aboiements, il est possible
de lui apprendre à se taire sur ordre, sans manifestation excessive
de mécontentement, car lui ne fait que son travail.
Ceux qui ont élevé une portée ont eu l’occasion
d’être émerveillés par la façon dont l’instinct
de garde et l’assurance de soi sont des notions profondément
ancrées dans la race : il faut voir le sérieux avec lequel des
petits bouts de trois semaines, encore flageolants sur leurs pattes, commencent
à montrer leurs vélléités de garde : rien ne les
impressionne !
Sophie. Licari





