
"KANGAL" , "KARABASH" et " AKBASH "
Le nom de la province de Sivas Kangal, au centre de l’Anatolie,
sert à désigner les protecteurs de troupeaux couleur sable et
masqué noir qui y sont répandus. " Akbash
" est le terme pour désigner ceux qui sont de couleur blanche,
qui seraient plus présents dans d’autres régions. Les
uns et les autres sont réunis dans le terme générique
Berger d’Anatolie, en vigueur dans le standard FCI.
Selon les pays où la race est présente, certains avis trouveront
cette réunion justifiée, alors que selon d’autres il s’agit
de races différentes. Sans prétendre imposer une opinion, il
n’est pas inutile de replacer cette question dans un contexte plus général.
Un schéma classique
Les chiens de protection de troupeaux, comme d’autre part les chiens
de bouvier ou de berger par exemple, forment une famille de chiens relativement
homogène sur une vaste aire de répartition eurasiatique. Dans
chaque région où leurs services ont été employés
de manière ancestrale, se sont formées, par l’action conjuguée
de la nature et de la pression sélective de l’homme, des variétés
présentant un phénotype commun avec toutefois quelques différences
qui peuvent se focaliser par exemple sur la couleur, le poil ou le gabarit.
Ces chiens ayant des fonctions purement utilitaires, on se souciait peu de
leur apparence exacte. Mais à la naissance de la cynophilie, à
partir de la seconde moitié du XIXème siècle, le concept
de distinction de races différentes amènent à rechercher
une certaine unicité au sein de chacune ; certaines différences
régionales ou micro-régionales sont gommées ou englobées,
ce qui ne va pas sans heurt entre les tenants du maintien de telle ou telle
caractéristique dans les standards naissants. Parfois, le souci unitaire
est tel que la race finit par présenter très peu de différenciation,
comme par exemple le Bouvier des Flandres. Dans d’autres cas, des caractéristiques
diverses sont maintenues, comme chez les 4 Bergers Belges : notons d’ailleurs
que dans certains pays ceux-ci continuent à être appariés
ensemble car considérés comme de simples variétés
du même chien, alors que dans d’autres les croisements sont interdits
car on estime qu’ils ont acquis le statut de races distinctes.
Les débats qui ont ainsi présidé il y a 100 ou 150 ans
à l’identification de bien des races actuelles, nous les vivons
de nos jours pour notre Berger d’Anatolie : millénaire au regard
de sa présence et de son utilisation en Asie Mineure, il est en effet
fort jeune du point de vue de sa reconnaissance cynophile. Sa situation actuelle
répond donc à un schéma plutôt classique. Voyons
donc ce qu’on pourrait en dire à la lumière de différents
témoignages.
Définitions et attitudes
Le " Kangal " semble être dans cette région
un chien relativement bien défini, de couleur sable ou fauve clair,
avec présence éventuelle de charbonnures, doté d’un
masque et d’oreilles noirs ; son type en tête laisse apparaître
des traits molossoïdes mais discrètement accusés. La tête
de " l’Akbash " est fort semblable, mais
celui-ci arbore une robe entièrement blanche et dépourvue de
masque. On pourrait donc penser que leurs points communs sont plus nombreux
que leurs différences, et que tous les deux peuvent prétendre
être des Bergers d’Anatolie. L’un comme l’autre ont
un poil court mais fortement fourni en sous-poil ; si le poil mi-long n’est
pas inconnu, il semble qu’il apparaisse assez rarement chez les sable
masqués noirs, un peu plus fréquemment chez les blancs. "
Kangal " et " Akbash " ne
sont pas couramment appariés. Ils ne peuvent toutefois être séparés
comme par des cloisons étanches. C’est ainsi que certains
sujets sable à poil court de variété "Kangal"
en provenance de Turquie ont prouvé par leur descendance qu’ils
portaient dans leur génotype la couleur blanche ou le poil mi-long.
Chacun peut déterminer une attitude à partir de ce faisceau
d’indices. Il est loisible de souhaiter éventuellement la séparation
dans la sélection entre " Akbash " et "
Kangal " : les universitaires turcs qui ont étudié
la race se sont prononcés dans cette optique. La Turquie ne peut toutefois
agir officiellement, sa présence dans la Fédération Cynologique
Internationale n’étant sans doute pas pour demain. En attendant,
n’est-il pas utile que le Berger d’Anatolie puisse
continuer à « abriter » le patrimoine génétique
" Akbash ", déjà si rare en France
et en Europe, afin qu’il n’y disparaisse pas totalement ? En ce
qui concerne la " version " " Kangal ",
le sable et le fauve clair semblent bien les plus typiques ; les charbonnures,
les tâches blanches au poitrail, sur le chanfrein et aux pieds ne sont
pas à proscrire ; mais un coloris fauve foncé, une robe pie,
ne peuvent par contre représenter une référence. Quant
à la question du poil mi-long, suivant les avis on souhaitera son éradication
comme n’étant pas conforme au phénotype turc majoritairement
observé, ou son maintien dans des bornes fixées (rappelons que
le poil carrément long ou bouclé est prohibé dans le
standard FCI), comme étant une constante inscrite malgré tout
au patrimoine génétique. On peut aussi, de manière réaliste,
considérer l’état de notre cheptel, encore bien réduit,
avec une présence du gène poil mi-long dans toutes les lignées
françaises ; on tente alors simplement de garder une certaine maîtrise
numérique de l’apparition du poil mi-long en basant sa sélection
sur des géniteurs à phénotype poil court. Cette attitude
reste parfaitement conforme au standard.
Un souci de variabilité
La recherche d’une certaine homogénéité
est légitime : alors même que l’exode rural qui frappe
la Turquie entraîne une raréfaction du pastoralisme et des chiens
de protection, il ne convient pas de gaspiller la part de ce patrimoine cynologique
que nous abritons chez nous, ni en mésuser. Il ne faut toutefois jamais
oublier que le caractère et la fonctionnalité du chien doivent
toujours conserver la première place de nos préoccupations sélectives
; une race rare pose en outre l’impératif de l’extension
indispensable du cheptel de reproducteurs pour minorer le taux de consanguinité.
Une race, quelqu’elle soit, doit de toute manière conserver une
certaine variabilité génétique, faute de quoi elle se
sclérose gravement. Certaines variantes, délimitées justement
par les frontières que constitue le standard, peuvent y subsister tout
en conservant la typicité nécessaire. Il ne faut jamais perdre
de vue que la recherche sélective de certaines caractéristiques
peut conduire à la perte d’autres caractéristiques si
l’on ne s’est laissé aucune « porte de sortie »
génétique pour revenir quelque peu en arrière. Chez le
Berger d’Anatolie, on pourrait prendre l’exemple du masque
: sélectionner exclusivement les coloris sable les plus clairs conduirait
sans doute en quelques générations à la perte du masque
noir ; la conservation de reproducteurs plus foncés mais porteurs d’un
masque bien net éviterait ce danger.
En matière d’élevage canin, activité de sélection
difficile s’il en est, sérieux, modestie et circonspection sont
des qualités à sélectionner… chez les éleveurs
!
Sophie. Licari




